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Agenda


PARIS 3e : EXPOSITION NICOLAS FLOC'H "INVISIBLE" A LA GALERIE MAUBERT


Du 28/10/2021 au 24/12/2021
Galerie Maubert, 20 rue Saint Gilles, 75003 PARIS



Du 28 octobre au 24 décembre 2021,

 

Nicolas Floc’h

"Invisible"

 

Longtemps inaccessible et fantasmé, l’espace sous- marin a tardé à s’imposer dans la représentation paysagère focalisée sur la surface des mers et des océans. Les récits mythologiques et littéraires ont construit l’image d’un monde hanté par des figures monstrueuses (kraken, Léviathan). Les illustrations de Vingt Mille Lieues sous les mers par Alphonse de Neuville diffusent l’image d’une faune et d’une flore fantasmagoriques découvertes par des aventuriers en scaphandre. Le chapitre XVI « Promenade en plaine » décrit dans un registre encyclopédique, un monde coloré et kaléidoscopique de fleurs, rochers, plantules, coquillages, polypes.

Les explorations multiples parfaitement outillées (submersibles habités, plongeurs autonomes) et méthodiques (prélèvements d’échantillons, études de suivi), bien qu’elles ne concernent encore que 10 % des océans, ont permis une meilleure connaissance du milieu (biodiversité, habitats, reliefs, masses d’eau). Mais de la connaissance à la nécessaire reconnaissance d’un « paysage sous-marin » digne d’être protégé et contemplé, il y a encore un long travail à mener dans nos sociétés. C’est à ce travail de reconnaissance que Nicolas Floc’h en sa qualité d’artiste, contribue activement aux côtés des chercheurs depuis une dizaine d’années au travers de son formidable inventaire photographique des différents environnements marins avec les projets « Structures productives » puis « Paysages productifs » formés par les séries « Initium Maris » (2018-2021), « La couleur de l’eau » (2016-2021), « Ouessant » (2016), « Kuroshio » (2017), « Bulles » (2019) et « Invisible » (2018-2020).

Le projet « Invisible » initié et conçu par l’artiste en lien avec sa recherche autour de la productivité des écosystèmes, propose un état des lieux du parc national des Calanques ; il révèle les pressions anthropiques pesant sur la biodiversité marine au travers d’une démarche artistique et esthétique affirmée, de construction et de représentation du paysage sous- marin.

La commande du parc vient ici prolonger et valider un travail de création personnel qui va constituer lui- même une ressource pour les scientifiques et enrichir par l’image la perception qu’ils ont des écosystèmes sous-marins. En cela, Nicolas Floc’h contribue à revivifier le dialogue de l’art avec les sciences.

Le cadre de la commande lui permet ainsi de dynamiser son travail de création, à l’instar des photographes qui se sont affirmés lors des grandes commandes publiques du passe? où il s’agissait de documenter des territoires connus (Mission héliographique, Datar1 pour la France) ou vierges (missions américaines d’exploration de l’Ouest sauvage dans les dernières années du 19e siècle). Des photographes comme William Henry Jackson (mission Hayden) ou John K. Hillers (mission Powell) ont contribué à forger l’imaginaire des Rocheuses dans l’esprit des Américains.

Ces missions ont fortement contribué à préserver les milieux naturels ; les photos de W.H. Jackson, Timothy O’Sullivan avec l’aide de géologues ont mobilisé les consciences et pesé sur la décision du Congrès américain de créer le premier parc national, celui de Yellowstone en 1872. Revendiquant leur héritage, Robert Adams, au sein du mouvement américain des « nouveaux topographes », documente dans les années 1970 la détérioration de l’environnement naturel par les activités humaines comme ont pu le faire en France les photographes Raymond Depardon, Josef Koudelka et d’autres missionnés en 1984 par la Datar pour enregistrer les transformations du territoire. Leurs photos d’usines désaffectées, de campagnes envahies par les pylônes, de barres d’immeubles encerclées par les échangeurs et les viaducs, imposent l’idée que la photographie d’auteur révèle de manière irremplaçable la vérité d’un territoire. Nicolas Floc’h prolonge et complète de façon inédite l’inventaire territorial initié par la Datar en photographiant les fonds sous-marins côtiers.

Les paysages de Nicolas Floc’h sont en noir et blanc comme les premiers clichés pris en immersion par le biologiste Louis Boutan2. En 1893, il photographie son collègue dans son scaphandre inaugurant ainsi un poncif de l’iconographie sous-marine, fondé sur l’élaboration d’un récit qui met en scène et valorise le personnage du plongeur dans le mystère des abysses. Si avec le célèbre cliché pris à la baie des Elmes en 1898 d’un « bosquet » sous-marin désigné par une petite pancarte, le biologiste ouvre la voie à une représentation du paysage sous-marin, il n’est ici encore considéré que de manière anecdotique et non pour luimême. Avec un protocole de prise de vue très précis – itinéraire de la plongée préalablement déterminé, géolocalisation et inventaire par des prises de vue à intervalles réguliers, au grand angle et en lumière naturelle, sans chercher à insérer une présence humaine ou animale – l’artiste rompt avec cette tradition narrative pour produire des images chargées de l’expérience singulière qu’il a vécue et restituer ces milieux au plus près de leur vérité.

En cela, Nicolas Floc’h s’inscrit dans la lignée de grands artistes conceptuels qui ont pris les milieux naturels comme sujet et objet de leur recherche artistique. Les images permettent ainsi de transmettre le rapport essentiel au milieu induit par la pratique de l’apnée de la même façon que la marche est un vecteur essentiel de création pour des artistes comme Hamish Fulton : la plongée comme la marche devient alors une forme d’art de plein droit. Il s’agit pour l’artiste britannique comme pour Nicolas Floc’h au travers de leurs objets artistiques, « artefacts » prenant différentes formes (sculptures, installations et photographies), de faire ressentir au public le vécu d’une expérience menée en solitaire dans un milieu naturel.

Cette tension entre l’incommunicabilité d’une expérience et le désir profond de la communiquer constitue le moteur d’Hamish Fulton pour qui l’art n’est valide que s’il peut être vécu et activé par les publics. L’aphorisme « sans concrétisation externe, une expérience demeure incomplète » pourrait s’appliquer aussi à Nicolas Floc’h pour qui cet engagement de transmission auprès des publics au travers d’expositions, de livres ou de rencontres est fondamental, ce n’est pas un hasard si le projet « Invisible » a pris la forme d’une commande publique. Si le silence caractérise ces expériences réalisées dans des milieux naturels, le texte, les mots revêtent là encore pour tous deux une importance particulière. On les retrouve surimposées sur les photos du « walking artist » et sous forme de légendes accompagnant les photos chez le « diving artist3 ». Ces textes consistent en des données factuelles qui renseignent chez le premier le site, la longueur de la marche, sa durée, sa direction et ses dates, chez le second la température de l’eau, la turbidité, le pH, la profondeur, la zone, le site, l’année. Enfin la marche comme la plongée constituent pour eux une expérience artistique engagée, ge?nératrice de changements : « Marcher transforme, marcher c’est résister », nous dit Hamish Fulton. Elles peuvent devenir aussi une expérience méditative quand le corps subit la pression et le manque d’oxygène en altitude ou dans les profondeurs, repoussant ses limites physiques et mentales, il ouvre alors d’autres perceptions sur les espaces traversés. […]
Si la forme que prend son inventaire de la flore et des habitats sous-marins en plans panoramiques diffère de l’approche macroscopique des herbiers de Blossfeldt, il y a chez Nicolas Floc’h ce même désir de produire de la connaissance et d’enrichir les perceptions de ces milieux par un mécanisme d’empathie : l’expressivité de ces univers sous-marins déclenche un sentiment du paysage chez l’individu qui regarde, le subjectif devient alors collectif.

L’histoire du paysage en art se nourrit de toutes sortes d’approches culturelles et subjectives qui participent à une « artialisation » de la Nature. Le paysage n’est plus un cadre mais une oeuvre a? part entière qui change des éléments matériels en symboles vivants. Par cette représentation de l’essentialité du paysage, de sa singularité, sans récit parasite, l’oeuvre incite à éprouver des impressions, à accueillir une réflexion mêlant émerveillement devant l’émergence de nouveaux paysages et prise de conscience de l’urgence environnementale.

Vernissage jeudi 28 octobre de 18h à 21h.




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