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Agenda


SETE : EXPOSITION ANTOINE RENARD "PHARMAKON" AU CRAC OCCITANIE


Du 08/10/2021 au 06/02/2022
CRAC Occitanie, 26, Quai Aspirant Herber, 34200 SETE



Du 8 octobre 2021 au 6 février 2022,

 

Antoine Renard

"Pharmakon"


Commissaire de l'exposition : Marie Cozette

 

L’exposition Pharmakon présente les nouvelles productions d’Antoine Renard réalisées suite à sa résidence à la Villa Médicis en 2019. À Rome, il a pu mener différentes recherches autour du parfum, conçu comme support de la la psyché, de la mémoire et de l’identité. Puisant dans l’héritage culturel de Rome et de la Méditerranée, Antoine Renard s’est appuyé sur les cultures antiques et chrétiennes qui ont une large expérience du parfum dans la relation à la mystique, au corps et à la guérison.

Cette recherche en Italie a été précédée de plusieurs séjours en Amazonie péruvienne entre 2018 et 2020, au cours desquels Antoine Renard a étudié différents rituels de guérison, pratiqués sur de jeunes adolescents et adultes affectés par des addictions sévères. Dans ce cadre, Antoine Renard découvre l’importance des parfums dans ces thérapies, notamment avec les Perfumeros, guérisseurs qui développent des pratiques de soins olfactives.

Depuis plus d’une dizaine d’années, Antoine Renard développe un travail de sculpture, d’installation ou de vidéo, dans lequel il convie ce qui est dans l’ombre, tapi dans les recoins du subconscient, où il désosse et met à plat les mécanismes de peur et d’angoisse qui irriguent parfois notre rapport au réel jusqu’à la transgression. S’il convie des technologies de pointe et des imageries numériques high tech, c’est souvent pour les frelater, les tordre dans leur usage, pousser à bout le potentiel d’erreur et les déviances de la machine.

Pour l’exposition au Crac Occitanie, Antoine Renard développe un ensemble d’œuvres conçues à partir de prélèvements de matières premières et d’observationsempiriques, effectués lors de ses recherches. Traitées selon des procédés techno-chimiques, ces matières sont interprétées et reformulées sous forme de vidéos, de sons, de sculptures et d’odeurs.
Créant un environnement poreux où des éléments chimiques, numériques et psychiques se confondent, l’artiste ouvre des pistes de dialogue entre des courants de pensées qui lui sont chers, tels que le végétalisme, la théologie mystique, le structuralisme et la logique scientifique.

Dans la première salle, un dispositif d’écrans LED diffuse des séquences vidéo de fleurs et de plantes médicinales filmées en très gros plan, plongeant le spectateur dans un flot de formes, de couleurs et de lumières. L’hyper précision numérique, oscillant entre netteté, jeu de flous et d’altérations dans le code source du film, produit une image à la limite de l’abstraction.

Dans la me?me salle, une bande sonore hypnotique diffuse une composition de vocalises effectuées dans l’église de la Trinité-des-Monts à Rome, altérée par la transcription nume?rique de l’odeur de myrrhe. L’encens vient diffuser ses propriétés curatives sous forme sonore, infiltre et modifie la structure de l’enregistrement initial et imprègne le visiteur d’une atmosphère à la fois lyrique et concrète, aux contours quasi religieux.

En regard de cette installation, Antoine Renard réalise une série de sculptures murales en aluminium issues de scans 3D d’un jeune enfant proche de l’artiste. Découpées et recomposées manuellement, ces représentations de l’enfant numérisé sont à cheval entre l’ange christique, la poupée vaudou et le clone moderne. Elles n’évacuent aucun des ratés du procédé de fabrication, des imperfections du scan et de l’imprimante, générant une sensation d’hologramme numérique pétrifié dans et par le métal. Ces sculptures s’inscrivent dans une réflexion plus large de l’artiste sur l’importance des écrans et des images et leur implication dans notre construction individuelle. Chaque sculpture fait figure d’ex-voto ou de fétiche dont le corps est fragmenté, et dégage en même temps un parfum, ou plutôt une fumée conçue spécialement pour l’exposition par l’artiste sous forme de pâte à brûler, à partir de diverses plantes et résines. Ici les œuvres se présentent comme des écrans dont le vecteur n’est pas la lumière mais la fumée. À l’instar de l’installation vidéo, elles agissent par imprégnation et sont à même de susciter des réminiscences, un lien intime et lointain avec le passé et/ou le présent de chacun.e.

Dans la seconde salle de l’exposition, Antoine Renard présente une série de constructions en plaque de bois et en cire fondue s’inspirant librement des principes géométriques liés au corps qui régissent les architectures sacrées des temples et autres lieux de culte. Odorantes, instable et fragiles, ces micro-architectures aux allures de cierges modernistes se dressent comme autant de structures psychiques, à mi-chemin entre construction et destruction, sorte de ruines solidifiées, vitrifiées et coulantes, fluctuant selon la température ambiante.
Elles marquent l’intérêt que l’artiste porte au lien entre parfum, architecture et mémoire.

Au sujet de sa recherche à la Villa Médicis, il dit ainsi : « J’ai compris qu’au niveau psychique, une odeur c’est à la fois un lieu, un moment et une histoire imprimée dans notre conscience. A l’image des jardins de la Villa Médicis qui sont en soi une manifestation de la mémoire de la villa, j’ai compris que l’odeur ne représente pas un moment présent ou passé, elle est l’architecture même de ce moment vécu de l’intérieur. »

Le titre de l’exposition Pharmakon reprend le terme grec qui signifie « remède » et « poison » tout à la fois. Le philosophe contemporain Bernard Stiegler s’est saisi de cette notion pour la mettre en lien avec les technologies numériques, agissant sur nos vies comme puissances à la fois destructrices et libératrices. Selon les termes d’Antoine Renard : « Face au rapprochement actuel entre le corps politique, les technologies de surveillance par les écrans et l’industrie de la santé, il apparaît urgent de repenser ces mêmes problématiques et ces mêmes outils selon des perspectives dégagées des impératifs de l’industrie et de l’économie de marché, de replacer le corps au centre d’une écologie de systèmes vertueux, et ainsi de changer le poison en remède. »

Marie Cozette




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